En France, la complémentaire santé obligatoire fait partie des obligations sociales des employeurs. En effet depuis 2016 et l’entrée en vigueur de la loi ANI, les entreprises du secteur privé doivent financer au moins la moitié d’un contrat collectif qui couvre les frais de santé de leurs salariés.
La mise en place de ce contrat ne se fait pas toujours par accord collectif. Lorsqu’aucun accord n’est conclu ou qu’un référendum des salariés n’aboutit pas, l’employeur peut instaurer la mutuelle par une décision unilatérale.
Cette démarche, souvent abrégée en DUE, doit respecter un cadre précis. Explications.
Mise en place de la mutuelle d’entreprise : plusieurs voies possibles
La loi permet plusieurs moyens pour instaurer une complémentaire santé au sein d’une entreprise.
L’option la plus courante est la négociation d’un accord avec les représentants du personnel ou l’application d’une convention collective.
À défaut, l’entreprise peut organiser un référendum. Enfin, si ces démarches échouent, l’employeur peut décider seul d’instaurer la mutuelle. Dans ce dernier cas, la mutuelle est mise en place par une décision unilatérale de l’employeur (DUE), après consultation du comité social et économique lorsqu’il existe.
Qu’est‑ce qu’une DUE ?
La DUE est un acte juridique écrit par lequel l’employeur fixe les conditions de la complémentaire santé. Ce document précise obligatoirement le dispositif choisi. Il indique le nom de l’assureur, décrit les garanties retenues, détaille les niveaux de cotisations et précise la part financée par l’employeur et celle à la charge des salariés.
La DUE doit également mentionner les bénéficiaires (les catégories de salariés concernées) et les risques couverts. Elle doit respecter le « panier de soins minimal » imposé par la loi (prise en charge du ticket modérateur, du forfait journalier hospitalier ainsi que des frais dentaires et d’optique dans les limites prévues) et ne pas discriminer entre salariés.
Le recours à la DUE ne dispense pas l’employeur d’une concertation. Ce dernier doit consulter le comité social et économique (CSQE) lorsque cette instance existe, puis informer individuellement chaque salarié de la mise en place de la mutuelle et leur remettre un bulletin d’adhésion.
Une fois la DUE adoptée, la complémentaire santé devient obligatoire pour tous les salariés relevant de la catégorie visée, sauf cas de dispense d’affiliation prévus par les textes (par exemple, salariés déjà couverts par ailleurs ou en contrat court).
Quels sont les droits des salariés déjà présents ?
Un salarié présent lors de la mise en place de la mutuelle peut refuser d’adhérer si la couverture est instaurée par une DUE impliquant une participation financière du salarié.
Dans cette situation, l’employé doit demander par écrit une dispense d’adhésion au moment de l’instauration de la mutuelle ou lors d’une modification du financement.
Cette dispense s’applique à la fois aux garanties santé, incapacité, invalidité, décès et retraite supplémentaire.
Lorsque la mutuelle est mise en place par DUE, la possibilité de refuser doit être prévue dans l’acte lui‑même. Dans ce cas l’employeur est tenu d’accepter la demande de dispense.
Contenu de la DUE : que doit‑elle mentionner ?
L’accord négocié ou la DUE doivent satisfaire à plusieurs exigences pour être conformes. Les principales informations qui doivent apparaître dans la DUE sont résumées dans le tableau ci‑dessous :
| Élément à préciser | Exigence |
| Bénéficiaires | La DUE doit préciser les catégories de salariés concernées (par exemple, l’ensemble des salariés ou une catégorie objective). |
| Garanties et risques couverts | Les risques pris en charge (consultations, hospitalisation, dentaire, optique) et les niveaux de remboursement doivent être indiqués. |
| Cotisations et financement | Le document doit détailler le coût de la mutuelle, la part prise en charge par l’employeur (au moins 50 %) et celle à la charge du salarié. |
| Nom de l’assureur ou de l’organisme | La DUE mentionne l’organisme qui assure la couverture (mutuelle, compagnie d’assurance ou institution de prévoyance). |
| Modalités d’adhésion et cas de dispense | Le document rappelle les formalités d’adhésion pour les salariés et énumère les cas de dispense (salariés déjà couverts, CDD court, apprentis, etc.), qui doivent être prévus expressément dans la DUE. |
Modification ou suppression de la DUE : que se passe-t-il ?
Une décision unilatérale n’a pas un caractère figé : l’employeur peut la modifier ou l’abroger.
Toutefois, toute modification substantielle (portant par exemple sur un changement d’assureur ou de niveau de garanties) constitue un nouvel acte juridique qui doit respecter les mêmes conditions que la décision initiale.
L’employeur doit donc à nouveau consulter le comité social et économique, informer les salariés et, le cas échéant, accorder aux salariés présents la possibilité de refuser si le financement devient partiellement à leur charge.
Sans respect de ces règles, l’entreprise s’expose à un risque de contentieux social.
Avantages et limites de la DUE
Le recours à la DUE présente plusieurs avantages. Il permet à l’employeur de mettre en place rapidement une couverture santé lorsqu’aucune négociation n’a abouti, assurant ainsi le respect de l’obligation légale de proposer une complémentaire santé à ses salariés.
La DUE offre aussi de la souplesse : l’entreprise peut choisir l’organisme et adapter les garanties aux besoins de ses effectifs, tout en respectant le socle minimal imposé par la loi.
Toutefois, cette procédure unilatérale comporte des limites. Elle doit être formalisée par écrit et respecter un formalisme strict (mention des bénéficiaires, des garanties et des cotisations) et ne peut pas prévoir des dispositions moins favorables que celles d’un accord de branche ou d’une convention collective.
En outre, les salariés en poste lors de la mise en place ou lors d’une modification peuvent refuser d’adhérer lorsque le financement est en partie à leur charge.